samedi 29 décembre
21° BCP - N.D. de Lorette - Juin-Juillet 1915
Extrait "Notes d'un Chasseur à pied "
Alfred-Marie JOB Lieutenant au 21° BCP
…….Maxime serrait sa baïonnette, surveillait avec soin les broussailles ; il eût voulu voir ramper quelque Boche, lui tirer dessus, ou le clouer au sol d’un coup de baïonnette. Il pensait à ses camarades endormis dans les abris, et il était heureux de protéger leur sommeil ; puis il voyait au loin, très loin, une chambrette où dormait celles qu’il aimait ; il voyait la petite tête blonde blottie contre la maman, et il songeait avec attendrissement qu’il contribuait lui aussi à assurer la sécurité de leur repos……..
…..A un tournant, Maxime eut devant les yeux le flanc droit de l’Éperon ; dans les arbres, les maisons démolies de Carency ; à l’horizon, les tours déchiquetées de Mont Saint Éloi. Il reprit sa marche, mais s’arrêta bientôt, frappé d’horreur, devant un autre spectacle : du milieu de la paroi sortait une tête de mort ; les tempes étaient percées, le nez tordu, les pommettes irrégulières : le Boche que ses camarades avaient enterré là était bien laid ou avait bien souffert avant de mourir, pour que son crâne gardât un aspect aussi grimaçant. D’ailleurs, la tranchée était littéralement pavée de Boches ; comme on travaillait toutes les nuits à creuser et à l’aménager, on découvrait toujours de nouveaux cadavres, des « macchabées » comme disaient les soldats ; et dans les sapes que l’on rouvrait, huit, dix Boches dormaient leur dernier sommeil, enfermés par nos obus ou tués à l’attaque par les grenades des nettoyeurs de tranchées. En terrain découvert, des croix, un cimetière de petites croix, humbles croix faites de deux baguettes ; l’une d’elles, plus soignée, était formée de deux larges planches et portait l’inscription « Vergiss mein nicht » ; un officier sans doute………
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