samedi 31 mai
Etat des pertes du 28° R.I. 16 au 28 mai 1915 à Aix-Noulette
Merci à Vincent Le Calvez pour ce travail de mémoire
Liste : ICI
vendredi 25 janvier
Historique du 28° R.I.
samedi 01 décembre
Ivresse et Offensives d'Artois
Voici un extrait de l'ouvrage en plusieurs volumes Les Armées françaises dans la Grande Guerre
Tome 3, Annexe 1
Annexe n°373
Le 26 mai 1915 à 19h
Rapport complémentaire du général d’Urbal commandant la 10e Armée sur les événements des 23, 24 et 25 mai
(…)
Journée du 25 mai
(…)
"Le peu de succès du 33e Corps est expliqué par une préparation d’artillerie jugée insuffisante par les exécutants sur les tranchées de 1ère ligne ennemie. Les hommes « n’y vont » que quand ils ont vu tomber nos obus dans les tranchées ennemies.
Il semble qu’il y ait intérêt par la suite à ne fixer l’heure des attaques que lorsque la préparation a été jugée suffisante par les observateurs de tranchées, et à ne pas préjuger du résultat en fixant à l’avance l’heure de l’attaque d’infanterie d’après les probabilités.
Au 9e Corps et au 21e Corps, la préparation d’artillerie paraît avoir été bonne dans son ensemble. L’arrêt de l’attaque de la gauche du 21e Corps est dû à ce que le 9e Corps n’avait pas achevé de nettoyer le flan sud de l’Ouvrage blanc : des mitrailleuses ennemies y étaient encore lorsque l’attaque des tirailleurs s’est produite à l’heure fixée.
Au centre du 21e Corps, en face du Bois carré, il semble que la 11e Brigade, où des cas d’ivresse avaient été constatés la veille, n’ai pas donné tout ce qu’on était en droit d’attendre d’elle. Une enquête est ouverte à ce sujet."
Général d’Urbal.
La 11e brigade est composée du 24e RI et du 28e RI, deux régiments de Normands et de Parisiens.
Le 25 mai 1915, le 24e RI aura 769 hommes mis hors de combat devant le Bois carré (entre Aix-Noulette et Souchez). Le lendemain, au même endroit, le 28e RI sera également saigné avec 604 soldats tués, blessés ou faits prisonniers (données : JMO du 24e RI et du 28e RI).
V. Le Calvez
samedi 23 juin
Le 26 mai 1915 d’Albert Thierry
Albert Thierry (soldat à la 5° compagnie du 28° R.I.) était professeur à l’école normale des instituteurs de Versailles (78). Poète, écrivain, pédagogue, cet homme d’une trentaine d’années trouva la mort le 26 mai 1915 devant la tranchée des saules où son régiment, le 28e RI tentait de prendre le Bois carré.
Depuis août 1914, Albert Thierry tient un carnet de guerre. Voici les dernières lignes de ce carnet, publié dans « La Grande Revue » en 1917 et 1918.
Mercredi 26 mai 1915
Réveil froid et courbatu dans cette aube charmante et ce beau soleil. Les ormes immobiles sur la route d’Arras, un ballon doré vers Noulette, et tout le reste du ciel d’été tranquille et pur…
As-tu remarqué que, du fond de la tranchée, on ne peut rien voir que les choses d’en haut, aériennes ou célestes !
Ainsi cet aéroplane d’hier soir canonne encore juste au-dessus de la première étoile… En ce moment-ci, un grand calme, un beau silence un peu fiévreux par les pulsations précipitées d’une mitrailleuse.
Pas de lettres : à vous ce chagrin de l’homme enterré, alouettes !
Cinéma de mouvement : En tenue. En avant. Halte. Reculez. Retournez à vos anciens emplacements (Distributions de pain et de viande froide).
Idées : Ce que je reproche à Dieu, à sa Providence, c’est de ne pas être égalitaire. (Par exemple, d’avoir pris Soulas et de pas m’avoir pris.) Mais il pourrait être juste autrement. Toute négation de Dieu est une pensée anti. C’est une pensée établie au point de vue du ne pas comprendre…
Mais qui se placera dans la pensée même de Dieu comme s’il la connaissait ? Le Fils. Le Fils co-éternel, co-essentiel, co-substanciel à son Père.
Si vous êtes, Seigneur, donnez-moi de vous connaître un jour, ainsi que cette sainte femme d’Orbais vous en a prié… Donnez-moi de vivre après ces victoires apparentes, afin de remporter grâce à votre grâce, la seule victoire qui compte.
Mais si vous êtes Seigneur, et si vous le préférez, donnez-moi de mourir. De mourir en prononçant le nom de Celle que j’aime.
Cinéma de mouvement. En avant, ne vous mêlez pas avec le troisième bataillon. Attention aux fils. Halte. Reculez. En avant. L’arme à la main. Halte. Attention aux blessés. (Dans ce rempart des mitrailleuses, à même les brancards, il y a même des morts.) Serrez. Halte. Ne serrez pas. Reculez. Demi-tour, bien entendu et en avant. (En avant dans la direction du demi-tour, bien entendu, dans la direction contraire à la ligne de feu !) En avant. Laissez passer les mitrailleurs. Halte. En avant. Laissez passer le lieutenant. Laisser passer le capitaine. (Un capitaine quelconque puisque nous n’en avons pas.) Demi-tour, halte, en avant. (Dans la direction du feu à nouveau.) Halte. En avant à un mètre cinquante de distance.
En avant. Halte. En avant. Demi-tour. Non en avant ! Baissez-vous en passant. En avant. Baissez-vous, à cause de l’arrière. (On était en vue de l’horrible colline gorgée de morts.) Attention au mort. (Figure terreuse dans un coin du boyau.) Halte.
- Plaisanteries en nous voyant passer. Car en chemin nous nous écrasons avec des infirmiers, des mitrailleurs, des téléphonistes, des agents de liaison, des compagnies de territoriale. – Exercice de boyaux, dit l’un. – Je préférais être resté dans celui de ma mère, dit l’autre.
Les boyaux sont champêtres ici : on y a planté une espèce d’avoine sur les remblais, et des fèves qui sont en fleurs. Le temps admirablement serein et chaud. Le ciel parfait sauf ces petits nuages autour de nos charmants aéroplanes blancs.
Halte et longue séance dans la tranchée de tir, entre des murs de terre et des sacs, sans tirer, sous un bombardement intermittent et quelques balles.
W… : « Est-ce pas malheureux qu’une mère élève un fils jusqu’à vingt ans pour le faire tuer ? – Moi : Elle ne l’élève pas pour le garder sur ses genoux, mais pour lui donner une forte vie, et qu’il la donne librement, à quelque chose de grand. »
Disant cela, je suis frappé de voir comme c’est bien répondu aussi dans la pensée de Dieu. Il ne vous a pas élevé, Vous mon Ami unique, pour que vous jouissiez !... (non, je ne puis pas ! je ne puis pas appliquer cela à Soulas…) Que vous êtes dure, Vérité !
Nous sommes huit assis à ces deux créneaux. Quelle salade si l’obus y tombait !...
Mais il n’y tombera pas, ... car tu me protèges et je les protège.
Le capitaine passe et me dit qu’il est défendu de faire un carnet de route. Je le sais bien. Et surtout celui-ci, trop vrai qu’il est, tout surprenant qu’il soit. Mais nous ne parlerons pas du danger.
…………………………………………….
Selon son acte de décès, Albert Thierry sera déclaré mort à 16h par un éclat d’obus reçu à la tête. Comme beaucoup d’autres de ses compagnons, ils reposent probablement dans l’un des ossuaires de la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette.
samedi 09 juin
28° R.I. le 26 Mai 1915
Complément du JMO du 28e RI, rapport daté du 7 juin 1915 :
Cote 26N603, SHD Vincennes
Résumé du journal de marche en ce qui concerne l'action de la compagnie Jérôme dans la journée du 26 mai 1915
A 14 heures, la compagnie Jérôme (2e compagnie du bataillon Testard) est massée dans la tranchée de première ligne au S.O. de la route Aix-Noulette Souchez.
Elle a pour mission de se porter en première ligne à l'assaut de la corne Ouest du Bois carré.
A 14h27, trois minutes avant l'allongement du tir de l'Artillerie, la compagnie Jérôme sort de ses tranchées et se porte à l'attaque ; malgré des pertes élevées, elle atteint les tranchées allemandes, puis progresse dans l'intérieur du Bois carré (Bois 9).
Les compagnies qui débouchent ultérieurement prises sous de violents feux d'enfilade, sont arrêtées. La compagnie Jérôme, malgré un violent bombardement, se maintient dans le Bois 9 jusqu'à la nuit ; elle est réduite au 1/3 de son effectif.
A 21 heures les débris de cette compagnie, contre attaqués de tous côtés, sont rejetés sur nos tranchées.
Signé : Roller
Note :
Cette compagnie fut l'une des compagnies les plus touchées ce 26 mai 1915 : deux officiers disparus (faits prisonniers), un officier tué, 51 soldats blessés, 60 soldats disparus : tués ou faits prisonniers (chiffres du JMO).
Le capitaine Albert Jérôme sera blessé le 10 avril 1916 à Verdun. En juillet 1917, il passera à l'État-major particulier de l'Infanterie, École militaire préparatoire de Rambouillet.
Le capitaine Jérome
Le bois 10 & le bois carré
samedi 26 mai
28°RI - Journées des 24 - 25 - 26 mai 1915
Extrait du J.M.O du 28° R.I. - côte SHD : 26N603
transcription : Vincent Le Calvez
24 Mai 1915 (Lundi)
S.P.A. 47 Officiers 2614 hommes
Le régiment occupe les mêmes cantonnements.
Le Colonel a pris connaissance dans les journées des 23 et 24 les ordres suivants de la 43e D.I. : O. Général n°356 en date du 22 Mai ; Instruction n°357 ; O. d’opération n°358 pour la journée du 25 Mai, en date du 23 ; complément à l’ordre d’opérations n°358 pour la journée du 25 Mai ; en date du 24.
Extrait de l’Ordre n°358 :
« I. La 43e D.I. attaquera, le 25 Mai, la partie des positions ennemies qui s’étend entre le chemin à un trait de Noulette à Souchez et une ligne tracée à mi-distance des chemins d’Aix-Noulette à Angres et de Bully à Angres ligne prolongée dans la direction du cimetière d’Angres (zone du 9e C.A.).
But - prendre pied solidement sur la croupe au N. de Souchez et sur la croupe à l’O. d’Angres en s’emparant du bois en hache et du bois 11.
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